Cuir pleine fleur, corrigé, croûte : comment reconnaître un bon cuir

Cuir pleine fleur, corrigé, croûte : comment reconnaître un bon cuir Kelia Paris

Cuir pleine fleur, corrigé, croûte : reconnaître un bon cuir

 

comment reconnaître un bon cuir

On lit « cuir véritable » sur une étiquette et on suppose que c’est un gage de qualité. Ce

n’est pas le cas. « Cuir véritable » est la mention la plus basse du spectre : elle signifie que

le matériau provient d’un animal, sans rien dire de la partie de la peau utilisée ni de la

manière dont elle a été traitée.

Pour comprendre ce que vous achetez, il faut connaître quatre termes. Les voici, du meilleur

au moins bon.

La pleine fleur : la surface originale de la peau

La pleine fleur est la couche extérieure de la peau, celle qui était en contact avec l’air. Elle

n’a subi aucun ponçage ni correction de surface. C’est la partie la plus dense, la plus

résistante et la plus noble du cuir.

On la reconnaît à ses imperfections : de légères variations de grain, de minuscules marques

naturelles, parfois une cicatrice. Ce ne sont pas des défauts, ce sont les preuves que la

surface n’a pas été altérée. Un cuir parfaitement uniforme sur toute sa surface a

probablement été corrigé.

Ce qui la rend précieuse : la pleine fleur développe une patine avec le temps. Elle ne secraquelle pas, ne pèle pas, ne s’écaille pas. Elle change de teinte et de toucher,

progressivement, et cette évolution est irréversible et unique à chaque pièce. C’est pour

cette raison que les maisons de maroquinerie la privilégient pour les pièces destinées à

durer.

Son prix est le plus élevé, parce que seule une fraction des peaux disponibles sur le marché

est de qualité suffisante pour être conservée intacte. Les peaux marquées, abîmées ou

irrégulières sont déclassées vers les catégories inférieures.

Le cuir corrigé : une surface refaite

Le cuir corrigé est une peau dont la surface naturelle a été poncée pour effacer les défauts,

puis recouverte d’un film pigmenté et d’un grain artificiel embossé à chaud. Le résultat est

régulier, uniforme et lisse au toucher.

On le reconnaît à cette régularité justement : un grain trop homogène, identique sur toute la

surface, sans la moindre variation. Passez le doigt : la surface est plastique, légèrement

collante, là où la pleine fleur est sèche et naturelle.

Le cuir corrigé est solide et résiste bien aux taches. Mais il ne se patine pas : il s’use. Au

bout de deux à trois ans d’usage quotidien, les coins blanchissent, le film se craquelle, le

grain embossé s’efface. C’est la différence fondamentale : la pleine fleur vieillit, le corrigé se

dégrade.

C’est le cuir que l’on trouve le plus souvent dans la fourchette de prix de 100 à 400 euros.

La croûte de cuir : la couche inférieure

La croûte est la partie interne de la peau, obtenue après refente. Elle n’a jamais eu de

surface naturelle : c’est la chair du dessous. Pour lui donner un aspect acceptable, on la

recouvre d’un enduit polyuréthane ou d’un film imitant le grain du cuir.

On la reconnaît à son épaisseur irrégulière, à sa rigidité et à son toucher cartonné. En la

pliant, l’enduit blanchit ou se fissure. C’est un matériau fragile qui se détériore rapidement.

Elle est techniquement du cuir, et peut légalement être étiquetée comme tel. Mais elle n’a

aucune des propriétés du cuir pleine fleur : pas de patine, pas de souplesse, pas de

durabilité.

Le simili cuir : pas du cuir

Le simili, aussi appelé « cuir vegan », « PU leather » ou « cuir synthétique », est un textile

enduit de polyuréthane. Il ne contient aucune matière animale. Il peut imiter l’apparence ducuir de manière convaincante, mais son comportement dans le temps est radicalement

différent : pelage, craquelures, odeur chimique après quelques mois.

On le reconnaît à l’odeur (chimique plutôt qu’animale), au toucher (plastique, pas sec) et au

comportement au pli (le simili revient à plat immédiatement, le cuir conserve une légère

marque).

Comment vérifier en trois gestes

Le toucher. La pleine fleur est sèche, un peu rugueuse, avec une chaleur naturelle. Le

corrigé est lisse et légèrement collant. Le simili est froid et plastique.

Le pli. Pliez le matériau sur lui-même. La pleine fleur forme des rides fines et irrégulières qui

restent un instant. Le corrigé forme des plis plus nets et revient vite. Le simili revient

instantanément à plat, sans trace.

La tranche. Sur une coupe, la pleine fleur montre des fibres denses et serrées. La croûte

montre des fibres lâches et spongieuses. Le simili montre un tissu recouvert d’une couche

plastique.

Ce que les étiquettes ne disent pas

La mention « cuir véritable » ou « genuine leather » n’est pas un label de qualité. C’est la

mention par défaut, qui couvre aussi bien la pleine fleur que la croûte enduite. En l’absence

de précision sur le type de cuir, partez du principe que c’est le moins cher.

Les mentions qui renseignent réellement sont « pleine fleur » (ou « full grain »), « cuir

corrigé » (ou « corrected grain ») et le nom de la tannerie. Une marque qui nomme sa

tannerie n’a rien à cacher sur la qualité de sa matière. Une marque qui écrit « cuir véritable

» sans précision vous laisse deviner.

La certification LWG (Leather Working Group) garantit les pratiques environnementales de la

tannerie, pas la qualité du cuir en elle-même. Mais une tannerie certifiée LWG est

généralement une tannerie de premier plan, dont les peaux sont rigoureusement triées et

tracées.

Et pour une sacoche d’ordinateur ?

Un ordinateur portable est un objet rigide, lourd et sensible aux rayures. Le matériau qui le

protège doit être dense (pour absorber les chocs), souple (pour ne pas rayer l’aluminium),

et durable (pour ne pas se dégrader avant l’appareil qu’il protège).

La pleine fleur coche les trois. Le cuir corrigé coche les deux premiers pendant deux à troisans, puis se dégrade. La croûte et le simili ne cochent que le premier, et temporairement.

C’est pour cette raison que le Hervain est fabriqué en cuir grainé pleine fleur de la tannerie

italienne Mastrotto, conforme à la norme REACH et issu d’un tannage certifié LWG. La

surface naturelle du cuir est conservée intacte, et la doublure intérieure en microfibre lisse

protège l’aluminium de toute rayure.

Chaque pièce se patine avec le temps, de manière unique. C’est le contraire d’un

vieillissement : c’est un cuir qui prend le caractère de celui qui le porte.